Document de Université sur Travailler, est-ce perdre sa liberté? Le Pdf, rédigé pour l'Université en Philosophie, explore la nature du travail, la technique et l'art, avec des références à Rousseau, Marx et Hegel, offrant une perspective approfondie sur le sujet.
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Le sujet suggère que nous serions libres, avant le travail, avant le passage par le travail. Et que cette activité nous prive donc de notre liberté. En effet, on ne peut perdre que ce que nous avons possédé.
Est-il juste d'affirmer que l'homme est moins libre parce qu'il travaille ?
Au premier abord, le travail apparaît en effet comme une activité pénible, « laborieuse », une corvée. Ainsi écrivait Rousseau (Essai sur l'origine des langues, chapitre IX): « Il est inconcevable à quel point l'homme est naturellement paresseux. Ne rien faire est la première passion de l'homme après celle de se conserver ».
Le travail semble un mal nécessaire, qui exige une somme d'efforts, physiques ou intellectuels, qui s'impose, sur le mode de la contrainte forcée, qui nous arrache à notre oisiveté spontanée.
Aussi, le travail s'oppose au au jeu et a l'activité artistique
Le travail est un « moyen », et non une fin en soi, un moyen de gagner sa vie afin de satisfaire ses besoins. On ne travaille jamais POUR travailler. Et les objets fabriqués par le travail ont vocation à être consommés. Le travail est bien une activité productrice.
Le jeu est une activité que l'on fait pour soi-même: on joue pour jouer, et on ne crée rien. Le jeu est une activité sans oeuvre.
L'art: c'est une activité qui est à elle-même sa propre fin. Mais ses œuvres sont aussi des fins en soi: une œuvre se contemple, elle existe pour exister, ce n'est pas un moyen pour autre chose.
Revenons au présupposé suggéré et à la question de départ: le travail peut-il être accusé d'être seulement une contrainte pénible, sans cesse à renouveler ( il faut toujours re-produire les biens produits puisqu'ils sont consommés) ? Le travail est-il donc ce qui nous asservit?
Dans la tradition biblique, lle travail est interprété comme une punition divine, suite à la désobéissance d'Adam et Eve. Dans le jardin d'Eden, ils ne travaillaient pas. Ils n'avaient pas d'effort à fournir pour subvenir à leur besoin, ils vivaient dans un paradis,une nature providentielle, où tout est à disposition. Après le péché, ils sont donc punis, et Dieu les force à travailler.
« Tu mangeras à la sueur de ton front » ---- > agriculture. « Tu enfanteras en travail les enfants » ----< accouchement.
Cette représentation du travail sera reprise par la tradition antique, qui le désigne sous le nom de « tripalium », du latin c'est-à-dire instrument de torture.
Historiquement donc, le travail fait l'objet d'une devalorisation : c'est l'activité nécessaire, qui permet de satisfaire les besoins vitaux, matériels, elle est donc considérée comme une activité inférieure, servile, réservée aux classes inférieures de la société. Il y a donc un mépris pour le travail.
Le travail est une activité dite inférieure car elle n'est que l'occasion pénible de satisfaire des besoins du corps.
C'est pourquoi, dès le début de l'histoire de l'humanité, les travailleurs ne se distinguent pas des animaux, asservis à la nécessité, contrairement à l'homme libre, qui est dispensé de cette corvée, et qui peut consacrer son temps à des activités « plus nobles >. Toutes les sociétés qui pratiquent l'esclavage reposent sur cette division : la liberté consiste à ne pas travailler. L'esclave est un être soumis et dominé parce qu' il est force de travailler. L'homme est libre, libre de ne pas travailler.
Pour autant, doit-on s'arrêter à cette conception du travail ? N'est-il qu'une malédiction, réservée aux esclaves ?
Ce mépris pour le travail n'efface t-il pas une dimension fondamentale du travail ? Si le travail, en effet, contraint l'homme, en exigeant une somme d'efforts pénible, qui abîme ses forces physiques et intellectuelles, n'est-il pas, il est aussi, une condition nécessaire de sa libération, de son émancipation?
En effet, c'est bien aussi dans et par le travail que l'homme s'affranchit de ses besoins, les perfectionne et s'en libère. Aussi, quand on commence à gagner sa vie soi-même, on commence à être libre. D'ailleurs, durant des périodes historiques, les hommes réclamaient un droit « au travail », c'est-à-dire qu'ils sommaient l'état de leur fournir un travail afin qu'ils puissent être autonomes dans la société. C'est aussi pour cela que le chômage représente un problème de société crucial : sans travail les hommes sont condamnés dans leur autonomie.
Problème: le travail soulève un problème que nous devrons tenter de résoudre : il est à la fois ce qui prive l'homme de sa liberté, de son temps et de son bon plaisir, de sa spontanéité, et en même temps, il est aussi ce qui lui permet de s'émanciper, d'acquérir une existence autonome. Pour le dire autrement, le travail semble à la fois un obstacle radical à la liberté, et dans un même temps sa condition essentielle.
Nous verrons que si le travail n'est pas en soi une activité qui nous fait perdre notre liberté, ce sont néanmoins les conditions du travail qui sont le vecteur de sa dimension alienante.1 1e travail est une activité intelligente, productrice et contraignante
On peut d'abord définir le travail comme une activité de transformation de la Nature au moyen d'outils, qui suppose dans un même temps l'élaboration d'une technique.
A la différence des animaux, les hommes naissent nus et leur corps seul ne leur permet pas de survivre dans une nature hostile. Le lion naît avec une fourrure épaisse, qui le protège du froid, des griffes et des dents lui permettant de consommer directement la nourriture chassée. L'homme, lui, doit acquérir, ou plutôt même inventer des substituts à ces attributs qui lui manquent. On comprend donc toute forme élémentaire de travail comme la nécessité de se pourvoir des éléments essentiels à la survie, ce qui va permettre de développer son intelligence.
Exemple : la découverte du feu, l'invention des outils de chasse. Pour l'homme, la nature ne produit pas par elle seule et spontanément de quoi répondre à l'ensemble de nos besoins. De près, ou de loin, le travail consiste toujours en une transformation intelligente ou assimilation de la nature.
Le travail est donc une médiation de la nature : c'est-à-dire comme le contraire de l'immédiateté (ce qui est le cas pour le lion). Le travail est une relation à la nature qui n'a rien d'immédiat. Le travail traduit d'abord l'infériorité de l'homme face à la nature : elle est bien une puissance supérieure qui soumet l'homme à ses lois. Mais, en se soumettant à la nature, l'homme finit par la conquérir (aspect de la dialectique) : il finit par faire travailler la nature pour lui. Comment s'opère ce renversement ? Par l'outil justement. Il est l'intermédiaire par lequel l'homme fait travailler pour lui la nature. Exemple d'une moissonneuse batteuse, ou plus impressionnant pour nous peut-être, les robots qui travaillent et fabriquent entièrement des objets pour nous, à notre place
Aussi, par le travail, l'homme acquiert une certaine indépendance libératrice vis-à-vis de la nature.
Le travail transforme la nature selon des règles que celle-ci ne produit pas, mais que l'intelligence humaine est seule à élaborer.
C'est ceci qui fait la VALEUR du travail : elle ne réside pas seulement dans son produit, mais également dans le processus même de production : le travail humanise l'homme, car il se transforme lui-même : l'évolution du travail est correlative, qui va avec, de l'évolution de l'humanité.
Le travail est de prime à bord un acte qui se passe entre l'homme et la nature. L'homme y joue lui-même vis-à-vis de la nature le rôle d'une puissance naturelle. Les forces dont son corps est doué, bras et jambes, tête et mains, il les met en mouvement afin de s'assimiler des matières en leur donnant une forme utile à sa vie. En même temps qu'il agit par ce mouvement sur la nature extérieure et la modifie, il modifie sa propre nature, et développe les facultés qui y sommeillent. Nous ne nous arrêterons pas à cet état primordial du travail où il n'a pas encore dépouillé son mode purement instinctif. Notre point de départ c'est le travail sous une forme qui appartient exclusivement à l'homme. Une araignée fait des opérations qui ressemblent à celles du tisserand, et l'abeille confond par la structure de ses cellules de cire l'habileté de plus d'un architecte. Mais ce qui distingue dès l'abord le plus mauvais architecte de l'abeille la plus experte, c'est qu'il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche. Le résultat auquel le travail aboutit preexiste idéalement dans l'imagination du travailleur. Ce n'est pas seulement qu'il opère un changement de forme dans les matières naturelles : il y réalise du même coup son propre but dont il a conscience, qui détermine comme loi son mode d'action et auquel il doit subordonner sa volonté. Et cette subordination n'est pas momentanee. L'œuvre exige durant toute sa durée, outre l'effort des organes qui agissent, une attention soutenue, laquelle ne peut elle-même résulter que d'une tension constante de la volonté. Elle l'exige d'autant plus que, par son objet et son mode d'exécution, le travail entraîne moins le travailleur qu'il se fait moins sentir a lui, comme le libre jeu de ses forces corporelles et intellectuelles : en un mot qu'il est moins attrayant. » Marx, Le capital
La distinction entre le travail humain et l'activité a pour but de specifier le travail humain. Ce n'est pas du point de vue des qualités des objets produits que l'on peut faire la différence, parce que les productions animales sont parfaitement adéquates à leurs besoins, et peuvent même rivaliser avec notre habileté.
L'abeille se livre à un acte instinctif, spontané et irréfléchi. Aussi l'animal réussit toujours, car il est comme « télécommander »> par l'instinct. L'abeille, seulement, ne produira jamais rien d'autre qu'une ruche, et son mode de vie et d'habitat n'a pas évolué ni changé depuis son apparition sur terre.
L'homme s'en distingue puisqu'il doit d'abord penser, concevoir son but pour le réaliser. Il doit aussi imaginer les meilleurs procédés pour y parvenir. Son absence de savoir au préalable est la condition de l'élaboration de ses savoirs-faire. On imagine par exemple, des outils plus performants. Ainsi on peut tester, élaborer, combiner. Cette activité stimule son intelligence.